Un genou douloureux en fin de journée, une hanche sensible au lever, des gestes bloqués par la douleur : le premier réflexe est d’ouvrir l’armoire à pharmacie. Paracétamol, ibuprofène, gel, gélules de curcuma : les options ne manquent pas, et les avis non plus.
Mais que disent les études et les recommandations internationales en matière d’anti-douleurs et anti-inflammatoires ?

Saviez-vous que ?
Avant d’arriver dans la bouche de votre médecin, une recommandation médicale a souvent parcouru un long chemin. Elle vient en général d’une société savante : une association de médecins et de chercheurs spécialisés dans une maladie, qui compile et analyse toutes les études disponibles pour en tirer des conseils de prise en charge.
Pour l’arthrose, quatre références font souvent autorité : l’OARSI (internationale), l’ACR (américaine), le NICE (britannique, autorité publique sur les traitements) et le CBIP (belge, pour l’usage des médicaments).
C’est le médicament le plus vendu et le plus conseillé en première intention. Pourtant, dans l’arthrose, l’effet est faible.
Les études ont comparé le paracétamol, jusqu’à 3 à 4 grammes par jour, à un placebo chez des personnes souffrant d’arthrose du genou ou de la hanche : la différence existe sur le papier, mais elle est trop faible pour qu’un patient la ressente dans la vie courante.
C’est pour cette raison que les recommandations l’ont progressivement rétrogradé : certaines ne le recommandent plus en traitement de fond, d’autres vont jusqu’à conseiller de ne pas le proposer du tout dans cette indication.
Faut-il jeter la boîte pour autant ? Pas nécessairement. Le paracétamol reste un médicament très sûr aux doses usuelles, ce qui en fait une option raisonnable pour un pic de douleur ponctuel, en particulier quand les anti-inflammatoires sont déconseillés (ulcère, insuffisance rénale, certaines interactions médicamenteuses, grossesse). Il ne faut simplement pas compter dessus pour tenir la douleur au quotidien.
C’est souvent la première option médicamenteuse à envisager, et pourtant on y pense trop peu. Les gels à base de diclofénac ou de kétoprofène sont fortement conseillés pour l’arthrose du genou, y compris chez les personnes qui ne peuvent pas prendre d’anti-inflammatoires par voie orale (antécédent d’ulcère, problème cardiaque, personnes âgées fragiles).
Le gel agit là où on l’applique : très peu de substance active passe dans le sang. Le soulagement est comparable à celui d’un comprimé, avec moins de risques pour l’estomac, les reins et le cœur.
Il convient surtout aux articulations proches de la peau (genou, mains, cheville), moins à la hanche, trop profonde. Appliquez-le plusieurs fois par jour sur une zone large, en massant, pendant au moins deux semaines avant de juger l’effet.
Ibuprofène, diclofénac, naproxène, célécoxib : ce sont les antidouleurs les plus efficaces en cas d’arthrose. L’effet est bien réel, mais tout le débat porte sur le rapport entre le bénéfice attendu et les risques associés.
Ils sont plutôt conseillés aux personnes sans autre problème de santé, et déconseillés en cas de maladie cardiovasculaire ou de fragilité liée à l’âge. En cas d’antécédents digestifs, ils ne s’envisagent qu’avec un protecteur gastrique (de type oméprazole ou pantoprazole, qui réduisent l’acidité de l’estomac). Comme l’arthrose touche surtout des personnes de plus de 55 ans, souvent avec de l’hypertension ou un traitement cardiaque, cette précaution concerne beaucoup de monde.
Dans tous les cas, mieux vaut prendre la dose minimale efficace, le moins longtemps possible. Une cure de quelques jours pendant une poussée, c’est envisageable. Un comprimé chaque matin pendant trois ans, c’est un tout autre niveau de risque : si vous en êtes là, c’est qu’il est temps d’en reparler avec votre médecin.
C’est le résultat le plus surprenant de la littérature récente. Une méta-analyse publiée en 2022 a comparé directement trois approches sur la douleur du genou arthrosique : l’exercice encadré, les anti-inflammatoires en comprimés et les opioïdes. Les trois produisent des effets comparables sur la douleur. Mais à efficacité équivalente, les profils de risque n’ont rien à voir : l’exercice n’a aucun effet secondaire grave, les anti-inflammatoires en ont quelques-uns, et les opioïdes sont déconseillés dans l’arthrose (nous y reviendrons plus bas).
C’est pourquoi les médecins placent l’exercice et la gestion du poids en premier, avant les médicaments. Renforcement musculaire, endurance douce, tai-chi, yoga : plusieurs formats fonctionnent. L’essentiel est de choisir celui qu’on peut tenir dans la durée.
Les premières semaines peuvent être inconfortables, et beaucoup de gens arrêtent là. C’est justement à ce moment qu’un gel anti-inflammatoire ou un antidouleur rend service.
Les rayons de compléments sont bien garnis, mais pas toujours faciles à déchiffrer.
La glucosamine est l’un des compléments les plus étudiés, mais aucun bénéfice n’a été démontré sur la douleur ni sur la qualité de vie. La chondroïtine n’a, au mieux, qu’un intérêt limité, et seulement pour l’arthrose des mains.
Le curcuma semble prometteur sur le papier, mais mieux vaut rester prudent. En 2025, des chercheurs ont constaté qu’aucune étude ne repose sur des données assez fiables pour en tirer de conclusion. Les essais sont petits, les dosages varient d’une étude à l’autre, et les recherches qui ne trouvent aucun effet sont rarement publiées, ce qui donne une image trop favorable. Au final, le curcuma a peut-être un effet, mais on ne peut pas encore le mesurer sérieusement.
Un bon réflexe : ces produits sont généralement bien tolérés, on peut donc les essayer, à condition de le signaler à son médecin (certains interagissent avec les anticoagulants), de se donner un délai d’évaluation, et d’arrêter si rien ne change. Un complément qu’on prend par habitude depuis deux ans sans savoir s’il agit est surtout une dépense.
Tramadol, codéine, morphiniques : sur ce point, l’avis des médecins est clair. Ils sont fortement déconseillés dans toutes les formes d’arthrose : leur bénéfice est limité, voire nul, et ils comportent un risque de dépendance et s’accompagnent d’effets indésirables.
Il arrive que le mouvement, les gels et les anti-inflammatoires ne suffisent plus. C’est ce qu’on appelle une « arthrose réfractaire ». Si c’est votre cas, parlez-en à votre médecin : des traitements injectés directement dans l’articulation existent, même si les spécialistes ne s’accordent pas toujours sur chacun d’eux.
TRAITEMENT
Exercice encadré, gestion du poids
Anti-inflammatoire en gel
Anti-inflammatoire en comprimés
Paracetamol
Glucosamine, chondroïtine, curcuma
Opioïdes
Infiltrations
À RETENIR
Traitement de base, effet comparable aux anti-inflammatoires
Bon point de départ pour le genou et les mains
Efficaces, à dose minimale et sur courte durée ; précautions fréquentes
Effet très limité, utile ponctuellement
Preuves faibles, à tester prudemment et à arrêter sans effet
Déconseillés
À discuter avec un médecin quand le reste ne suffit plus (arthrose réfractaire)
Reprendre, à son rythme. Les huit exercices ci-dessus sont un point de départ. Ils mobilisent et renforcent les structures qui soutiennent le genou, sans matériel, avec des adaptations à chaque niveau. Pour aller plus loin, ou si la reprise reste difficile malgré ces repères, un·e kinésithérapeute peut vous aider.
Chaque arthrose est unique. L’arthrose ne se guérit pas, mais elle se prend en charge. La stratégie thérapeutique se définit au cas par cas, en fonction du profil clinique. Les informations présentées sur Arthrose Active ont un objectif éducatif et ne remplacent pas un avis médical : le diagnostic, le choix des traitements et leur adaptation relèvent exclusivement d’un professionnel de santé. En cas de douleurs persistantes ou d’aggravation des symptômes, consultez votre médecin.