Champignon de Paris et santé articulaire : ce que dit la recherche

Un champignon comestible utilisé pour soulager l’arthrose ? L’idée peut surprendre. Et pourtant, c’est bien à partir du champignon de Paris qu’une équipe de recherche belge a développé un biomatériau injectable pour les patients dont les symptômes persistent malgré une prise en charge bien suivie.

Vous faites vos exercices, vous suivez vos traitements, vous avez essayé les infiltrations… et la douleur est toujours là ? Cet article vous explique ce qu’est cette innovation, pour qui elle a été conçue, et ce qu’en dit la recherche.

EN BREF : Ce qu’il faut retenir 

D'où ça vient ?

Le chitosane est une substance naturelle présente dans la paroi de certains champignons. Historiquement, il était extrait de carapaces de crevettes ou de crabes. Une équipe de recherche belge a choisi une source différente : le champignon de Paris (Agaricus bisporus).

Ce chitosane d’origine végétale est ensuite transformé en un polymère breveté : le CM-Chitosan (carbométhyl-chitosane). Le résultat : un implant liquide injectable dans l’articulation, d’origine non animale. Il est aujourd’hui disponible pour l’arthrose du genou.

Des recherches sont en cours pour d’autres articulations.

Comment ça agit dans l'articulation ?

Dans un genou arthrosique, deux problèmes s’additionnent :

  • Le liquide qui lubrifie l’articulation se dégrade. Le genou frotte, grince, fait mal.
  • Des molécules agressives (les radicaux libres) attaquent le cartilage et entretiennent l’inflammation. C’est le stress oxydatif.

Le CM-Chitosan agit sur les deux fronts. Il lubrifie l’articulation. Et il capture les radicaux libres qui dégradent le cartilage. C’est ce double mécanisme qui le rend adapté aux genoux où l’environnement interne est particulièrement altéré.

 

Sa structure moléculaire lui confère une résistance particulière au stress oxydatif présent dans l’articulation. C’est cette caractéristique qui le rend pertinent pour les profils où l’environnement articulaire est très altéré, notamment dans les formes d’arthrose qui résistent aux traitements habituels.

 

C’est justement cette résistance qui rend le CM-Chitosan pertinent pour les patients dont l’arthrose ne répond plus aux traitements habituels. En médecine, on parle d’arthrose « réfractaire ».

Arthrose réfractaire : qu'est-ce que ça veut dire ?

Quand on parle d’arthrose réfractaire, on désigne une situation précise : les symptômes (douleur, raideur, perte de mobilité) persistent malgré une prise en charge classique bien conduite pendant plusieurs mois — exercice adapté, kinésithérapie, médicaments, infiltrations de corticoïdes, d’acide hyaluronique ou de PRP.

Vous reconnaissez-vous ? Si vous avez l’impression d’avoir « tout essayé » sans retrouver un confort suffisant, votre arthrose a peut-être un profil plus complexe. Cela peut orienter différemment la prise en charge. 

Quels profils de patients ont été étudiés ?

Les essais cliniques ont inclus des patients aux profils variés, avec arthrose du genou de différents stades (KL II, III et IV). Deux grandes situations se distinguent dans les populations étudiées :

1. La chirurgie n’est pas à l’ordre du jour

  • Vous avez des douleurs à l’avant du genou (arthrose fémoro-patellaire), fréquentes chez les personnes jeunes et actives.
 
  • Vous êtes en surpoids (IMC ≥ 30). Le poids augmente la pression sur le genou et l’inflammation interne.
 
  • Les infiltrations classiques (corticoïdes, acide hyaluronique, PRP) n’apportent plus un soulagement suffisant.

2. La chirurgie est envisagée, mais ce n’est pas le bon moment

  • Vous préférez explorer d’autres options avant la prothèse.

 

  • Vous êtes sur liste d’attente et vous avez besoin de soulagement en attendant.

 

  • La chirurgie comporte trop de risques pour vous (autres problèmes de santé, risque anesthésique).

En Belgique, plus de 27 000 prothèses de genou sont posées chaque année, avec une proportion croissante de patients opérés avant 65 ans. La durée de vie moyenne d’une prothèse est de 15 à 20 ans, et une partie des patients conservent des douleurs résiduelles après l’intervention. La décision chirurgicale se discute donc au cas par cas, en fonction du retentissement, de l’âge, du profil et des options thérapeutiques encore disponibles.

Le Regard Croisé du Prof. Krik Heusdens — Chirurgien orthopédiste, UZA (Anvers)​

Avant les avancées récentes, notre boîte à outils était limitée pour les patients avec une arthrose sévère ne répondant pas aux traitements classiques. Aujourd’hui, plusieurs approches viennent compléter l’arsenal thérapeutique. Dans ma pratique avec le CM-chitosan, j’observe que beaucoup de patients ressentent une diminution significative des douleurs, qui leur ouvre une fenêtre de mobilité. Et c’est cette fenêtre qui change tout : moins de douleur, plus de mouvement, plus de force musculaire, donc un genou qui fonctionne mieux au quotidien.

Suis-je concerné(e) par l'arthrose réfractaire ?

Vos traitements ne fonctionnent pas comme prévu ? Ce quiz vous aide à y voir plus clair et à préparer la discussion avec votre médecin.

En résumé

Le champignon de Paris est devenu un allié inattendu pour les patients atteints d’arthrose du genou. Le CM-Chitosan représente une nouvelle approche, développée en Belgique, qui répond à un besoin concret : réduire la douleur pour que le mouvement redevienne possible. La recherche continue. D’autres indications articulaires sont à l’étude. Si votre arthrose persiste malgré une prise en charge bien suivie, parlez-en à votre médecin : cette option peut faire partie de la discussion.

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Les informations présentées sur Arthrose Active ont un objectif éducatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Le diagnostic, le choix des traitements et leur adaptation relèvent exclusivement d’un professionnel de santé. Le CM-Chitosan est un dispositif médical de classe III. Son administration doit être réalisée par un professionnel de santé expérimenté en injections intra-articulaires.

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— Prof. Krik Heusdens, interview magUZA : « Paddenstoelextract smeert pijnlijke knie ». 2023.

— Migliore et al, 2026; Towards a consensus definition of “refractory osteoarthritis”; In press.

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